Automobile : la France veut surveiller les importations de Corée

Le gouvernement français demande à Bruxelles de mettre sous surveillance les importations de voitures en provenance de Corée. Le ministre Arnaud Montebourg estime que l'accord de libre-échange signé il y a un an a été «naïvement passé».

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Arnaud Montebourg - AFP


La France veut surveiller de plus près les importations de voitures en provenance de Corée du Sud. Inquiet des répercussions de l'accord de libre-échange signé il y a un an, le gouvernement français a transmis vendredi à la Commission européenne une demande de mise sous surveillance des importations coréennes dans le secteur automobile. Pour Paris, une telle initiative - pourtant rare -se justifie par « a progression très importante des importations en France de véhicules de tourisme coréens», a indiqué dans un communiqué le ministère du Redressement productif. Le ministre, Arnaud Montebourg, avait déjà vivement critiqué cet accord, qui, d'après lui, avait été «naïvement passé».


Les constructeurs coréens arguent que la majorité des voitures qu'ils vendent en Europe sont maintenant assemblées sur le Vieux Continent. Hyundai produit en République tchèque, et Kia en Slovaquie. Le succès du chaebol, qui ne cesse de gagner des parts de marché en Europe, ne viendrait donc pas de l'abaissement des droits de douane.


Cependant, les flux commerciaux entre les deux régions traduisent un net déséquilibre en faveur de la Corée. Sur les onze mois qui ont suivi la signature de l'accord, la Corée a exporté dans l'Union européenne 400.000 voitures assemblées localement, ce qui représente une hausse de 40% par rapport à la même période une année plus tôt. Dans le même temps, le pays a importé 73.000 véhicules européens, soit une hausse de 13%.


Mises en garde dès juin


Concrètement, l'initiative française, si elle est acceptée par Bruxelles, imposera aux importateurs d'obtenir une autorisation de la Commission avant toute importation. «Ces nouvelles données permettront d'apprécier l'effet réel de l'accord de libre-échange [...] et d'envisager les nouvelles dispositions à prendre si les relations commerciales s'avèrent trop inégales», explique le ministère


Cette procédure va être suivie de près par les autorités japonaises qui jalousent depuis quelques mois la spectaculaire progression des marques automobiles sud-coréennes sur le marché européen. Pointant l'isolation croissante de l'Archipel dans le grand processus d'intégration économique, Toyota, Honda et les autres constructeurs nippons pressent, depuis des mois, Tokyo de négocier rapidement, à son tour, un accord de libre-échange similaire avec Bruxelles afin de pouvoir concurrencer plus efficacement Hyundai et Kia. Les automobiles japonaises, produites hors de l'Union, se voient toujours, elles, imposées des droits d'entrée de 10% à leur arrivée sur le marché européen.


Avant même le lancement de négociations commerciales formelles entre Bruxelles et Tokyo, les constructeurs européens ont mis en garde leurs gouvernements respectifs contre une nouvelle «menace» pour leur industrie. Début juin, Sergio Marchionne, le directeur général de Fiat qui est aussi le patron de l'Association des constructeurs européens d'automobiles (ACEA), avait appelé Bruxelles à se montrer désormais très prudente dans ses négociations commerciales, dénonçant le récent afflux «presque miraculeux» des voitures sud-coréennes.

Écrit par Ingrid François-Feuerstein